Stéphanie Lecomte-Ernout, naturopathe près de Rumilly

La naturopathie, les plantes et les humains

29 Août 2023

La Terre est dédiée aux végétaux

La première civilisation de la Terre est végétale, j’irais même jusqu’à penser que la Terre appartient aux végétaux. En effet, sans eux, pas de vie possible.
L’homme est loin d’être le seul à comprendre quel usage il peut faire des plantes. Les animaux se soignent également seuls avec des plantes depuis les origines de leur existence.
L’homme s’appuyant probablement sur les connaissances innées et/ou acquises des grands primates et certainement aussi sur quelques expériences malheureuses ou heureuses a appris également à distinguer les pousses comestibles et/ou bénéfiques pour la santé des autres plus délicates à manipuler, voire tout à fait dangereuses.

La prairie est une richesse naturelle pour le vivant

La prairie est une richesse naturelle pour le vivant

Ces savoirs ont été et sont toujours un enjeu de pouvoir

Des hommes et des femmes connaissent les secrets des plantes, ils soulagent et soignent grâce au bon usage de cette connaissance, d’autres n’ont pas eu et n’ont toujours pas cette sagesse.
En d’autres temps, certains sont morts sur le bûcher à cause de ce savoir, d’autre plus récemment ont été discrédités. Mais quelle que soit les périodes, ces acquis ont toujours été préservés passant d’un côté et d’autre de la Méditerranée, voire d’une civilisation à l’autre car les humains savent instinctivement qu’il est primordial de préserver ce lien majeur avec les plantes et la nature.
Les plantes sont les parents de la médecine actuelle. Même si aujourd’hui, d’autres voies thérapeutiques s’ouvrent pour le plus grand bien du vivant.

Savoir utiliser les plantes est un impératif

Savoir utiliser les plantes est un impératif

Court retour en arrière

Les sources de la phytothérapie prenaient souvent appui sur un enseignement oral, mais elles ont aussi été mises par écrits à l’instar des tablettes d’argiles mésopotamiennes relatant l’usage des plantes médicinales majeures vers la fin du troisième millénaire avant J.C. ou du papyrus Ebers (Égypte) de 1550 av. J.C. qui décrit les rites thérapeutiques de l’époque et présente plus de huit cents remèdes. Les écrits sur la connaissance des plantes sont issus de différentes traditions : Mésopotamienne, Ayurvédique, Égyptienne, Occidentale, Chinoise, Africaine, Amérindienne, Aztèque… Cette transmission a probablement été jugée nécessaire car elle repose sur un postulat : le bon usage des plantes est un art qui nécessite un apprentissage.

La thérapeutique occidentale, dont l’herboristerie, se réclame d’Hippocrate (le père de la médecine occidentale, qui a posé par écrit le savoir de son époque), d’Aristote, de Théophraste, de Celse, de Pline l’Ancien, de Galien (on lui doit le terme galénique), des moines nestoriens, d’Avicenne, de l’abbesse Hildegarde de Bingen, de Maimonide, du moine alchimiste Albert le Grand, d’Ibn Al-Baytar, de Paracelse (qui donna à ses recherches alchimiques une orientation médicale et créa la médecine spagyrique), de François-Joseph Cazin, de Samuel Hahnemann, d’Edward Bach, d’Henri Leclerc, de Jean Valnet, de Maurice Messeguet, de Jean-Louis Pelt. Pour n’en citer que quelques-uns dans cette immense chaine d’hommes et de femmes connus ou anonymes qui nous ont transmis leur connaissance.

Le XIXè siècle marque l’avènement de la phytochimie qui est l’étude des principes actifs des plantes. À partir de ce moment, de nombreuses recherches autour des végétaux sont réalisées partout dans le monde. Ces études ont permis d’isoler des molécules actives.
Ensuite, une nouvelle discipline a émergé dans la seconde moitié du XXe siècle : l’ethnobotanique. Cette dernière étudie la connaissance des plantes au sein des sociétés humaines traditionnelles. Elle favorise la redécouverte individuelle et l’usage traditionnel des plantes à des fins culinaires et médicinales.

La lavande est constituée de nombreuses molécules actives

La lavande est constituée de nombreuses molécules actives

La plante est un aliment, mais pas que

Nos civilisations reposent souvent sur la culture des céréales. En Europe et autour du bassin méditerranéen le blé et l’orge ont favorisé l’émergence de nos sociétés, en Asie le riz a été fédérateur de richesse, en Amérique le maïs et, le millet et le sorgho en Afrique. Peu à peu, nous nous éloignons de notre compagnonnage avec les végétaux. Et pourtant, autour du bassin méditerranéen l’olivier reste dans les mémoires, le châtaignier qui a nourrit, participé de la construction des habitats, chauffé les logis… a presque été oublié en Europe. Sauf pour ceux qui consomment du bio ou dans quelques régions car il demeure encore une culture traditionnelle.

Les modes recréent des « stories » en changeant le rapport aux plantes par la création d’un nouveau vocabulaire, ainsi ces dernières tendent à devenir des alicaments (aliment et médicament) alors que les anciens n’avaient pas besoin de ce terme dédié pour faire bon usage de la consommation des légumes, des fruits, des céréales, des champignons, des algues… pour prévenir ou améliorer leur santé.

De cette façon, les anciens connaissaient, certes de manière intuitive, mais tout de même efficace, les effets diurétiques et dépuratifs des pommes ou ceux tout aussi intéressant du radis noir pour son action sur les insuffisances hépatique et ses propriétés antiscorbutiques ou encore les nombreux effets du citron à la fois antiseptique, antirhumatismale, tonique veineux, fluidifiant du sang… ou encore du concombre pour ces effets sur la peau, sur les dartres, et les prurit en usage externe ou en usage interne sur les coliques et irritations intestinales… et aussi du pissenlit comme dépuratif du sang, draineur hépato-biliaire… Les exemples sont nombreux.

Une bonne tisane de menthe poivrée après le repas est digestive

Une bonne tisane de menthe poivrée après le repas est digestive

La nature est une vaste officine

Ainsi, on trouve dans les végétaux les vitamines, les sels minéraux, les métaux, les oligo éléments indispensables à la vie.
Mais pas que. En effet, chaque espèce développe une « spécialité » chimique, par exemple les essences de lavande, de citron … développent des centaines de molécules et encore aujourd’hui, il n’est pas toujours facile de les recopier en laboratoire. La vie est intelligence et elle empreinte des chemins particuliers dont la compréhension est parfois complexe. La pharmacie de la nature est élaborée à l’image de la vie. À nous de faire preuve de de curiosité, de bon sens, et d’écouter notre corps. Ainsi qu’à faire entrer dans nos compositions culinaires ou nos boissons ses amies de toujours.

Merveilleuse ortie qui participe, entre autres, à la digestion

Merveilleuse ortie qui participe, entre autres, à la digestion

Il ressort de ce rapport entre les humains et les plantes une incitation à consommer des fruits, des légumes et des aromates frais et bio, si possible, c’est-à-dire encore riches en nutriments car c’est un avantage pour le renforcement de notre bien-être.

Bibliographie :
La plante compagne – Pierre Lieutaghi
La médecine par les plantes – Jean-Marie Pelt
Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales – Docteur Jean Valnet